Et un jour…L’accident !

« L’accident, forcément un jour ou l’autre, ça arrive ! »

Accident TGV du 19 décembre 2007

Accident TGV du 19 décembre 2007

Philippe Girod est conducteur de train depuis bientôt 20 ans. Une passion, même si cette profession comporte une bonne dose de stress, notamment en cas de collisions parfois mortelles, régulières sur notre ligne. D’ailleurs cette année, un conducteur a dû faire face deux fois à ce type de dramatiques accidents.

«En 1991, j’ai heurté une voiture. Il y a eu des dégâts, mais j’ai pu repartir. Aujourd’hui, les procédures ont changé, ce ne serait plus le cas. » Philippe Girod est conducteur de train depuis presque 20 ans. De cet accident, il a ensuite longtemps gardé une appréhension en arrivant au passage à niveau où il a eu cet accident. « À chaque fois que je l’approchais, je donnais un coup de sifflet, même s’il n’y avait aucune voiture alentours. » Philippe Girod a voulu reconduire tout de suite. Mais il a gardé une crainte « qu’une voiture heurtée face levier et sorte le train des rails. » Un accident techniquement impossible étant donné la différence de poids entre une locomotive et une voiture. Mais la crainte était là.

« Un conducteur sur trois est confronté un jour à un accident de personnes. Certains réagissent plus ou moins bien. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, on est bien aidé par l’entreprise. » (lire ci-dessous). L’accident, « tout le monde s’y prépare dans sa tête. On croise les doigts pour que ça ne nous tombe pas dessus. Mais forcément, un jour ou l’autre ça arrive. On y pense quand un collègue a eu un accident. Mais si on y pensait tout le temps, on ne serait pas bien au quotidien ! Alors on se concentre sur notre conduite et on essaye de ne pas penser au reste. » Et si des problèmes personnels se greffent… « Il faut en faire abstraction, même si ce n’est pas toujours évident. »

« Assurer la sécurité de 700 personnes »

Philippe Girod

Philippe Girod

D’une façon plus générale, au moindre incident (panne technique, défaut de signalisation…), « on a beaucoup de documents contenant des procédures à respecter ». Philippe Girod ne se déplace donc jamais sans sa mallette. Outre le mémento technique, il y a à l’intérieur un descriptif des lignes, un gilet fluo et « deux ou trois repas, selon la journée. » Avant de partir, on lui donne un descriptif de sa journée, avec les gares où il doit s’arrêter. Une fois dans la cabine, concentration maximale.

« On est quand même garant de la sécurité de 700 personnes. C’est une responsabilité énorme. Alors, il y a de quoi être stressé ! » Un stress que Philippe Girod a appris à gérer, surtout que conducteur, c’était son rêve de gosse. À la question « Qu’est-ce que tu voudrais faire quand tu seras grand ?« , il répondait invariablement « chauffeur de train ».

Une poignée d’années plus tard, le rêve d’enfant est devenu réalité. Embauché à l’aiguillage dans les gares, en 1982, il devient à 26 ans, agent de conduite, après avoir suivi « une formation de dix mois sur la signalisation et la réglementation, ainsi que sur la technique des engins. » Il commence par les trains de marchandises. Puis, au bout de trois ans, « j’ai obtenu un certificat de capacité. » Et le voici donc à la tête d’un train de voyageurs. Évian, Bellegarde, Annecy, Lyon et Saint-Gervais sont les lignes où il va le plus régulièrement. Il est aujourd’hui basé à Annemasse.

Représentant CFDT du personnel et titulaire au comité d’entreprise, il est chargé de boucher les trous en quelque sorte, dans les quatre roulements du dépôt. Il supplée donc les 12 conducteurs du roulement Annemasse/Saint-Gervais. Une ligne qu’il connaît bien et où « il faut gérer le fait qu’il y a une voie unique et beaucoup de gares ». Suivant son planning, ce Bellegardien d’origine dort même au Fayet.

Dur pour la vie de famille

Il le reçoit en général « longtemps à l’avance, mais cela dépend. Parfois, quand il y a une grève par exemple, je le sais au dernier moment.». Il faut simplement respecter neuf heures de repos entre deux séances de travail. Pas toujours évident de s’organiser ensuite.

La vie de famille en pâtit parfois, notamment quand il faut par exemple, partir un jour férié. « Comme ma femme travaille, j’étais un adepte des petits mots laissés sur la table en partant. On se croisait. Heureusement, le téléphone portable a facilité bien des choses », reconnaît-il. Actuellement, il ne commence jamais avant 4 heures et ne termine pas après minuit, puisqu’il n’y a pas de trains de voyageurs pendant cette fourchette. Ce qui n’est pas le cas de ceux qui font du fret. « C’est l’un des problèmes de ce métier. On a des contraintes d’horaires fortes. Des horaires décalés. Du stress, mais on ne fait jamais la même journée ! »

Alexandra Collom

. Stéphane Perdreau est le psychologue de la SNCF pour la région Rhône-Alpes.
Quand intervenez-vous?
N’importe quand. 1/ y a toujours un psy-’ chologue d’astreinte et un numéro vert que . les agents peuvent appeler 7 j/7 et 24 h/24.
Un conducteur qui a un accident doit-il obligatoirement vous appe1er?
Ce n’est pas obligé. Le numéro vert va lui être remis, ensuite libre à lui de faire la démarche. Une visite médicale est également préconisée, car c’est là 9ue sera évalué le choc F.sychologique, et s il faut un arrêt de travai. Mais je n’interviens pas qu’en cas d’accident. Je peux aussi être appelé lors de l’agression d’un agent par exemple.

«Le risque de collision est intégré dès la formation des conducteurs»

Stéphane Perdreau est le psychologue de la SNCF pour la région Rhône-Alpes.

Quand intervenez-vous?

N’importe quand. Il y a toujours un psychologue d’astreinte et un numéro vert que les agents peuvent appeler 7 j/7 et 24 h/24.

Un conducteur qui a un accident doit-il obligatoirement vous appeler?

Ce n’est pas obligé. Le numéro vert va lui être remis, ensuite libre à lui de faire la démarche. Une visite médicale est également préconisée, car c’est là que sera évalué le choc psychologique, et s il faut un arrêt de travail. Mais je n’interviens pas qu’en cas d’accident. Je peux aussi être appelé lors de l’agression d’un agent par exemple.

Comment réagissent les conducteurs généralement ?

Il y a deux cas: certains m’appellent, car ils se sentent bien et veulent se rassurer : est-ce que c’est normal ? Car l’événement peut-être choquant, mais pas traumatisant. D’autres sont en détresse. Ils ont peur, cauchemardent. C’est une manifestation classique. Ils revivent l’événement par flash et ils ont peur que ça se répète. Ils peuvent aussi développer un sentiment de culpabilité.

Que leur dites-vous ?

Je les rassure. Je leur explique que leur réaction est normale. Je les aide à reconnaitre ce qui s’est passé que c’est grave, mais que ça fait partie des risques. J’essaie aussi de determiner avec eux dans quelles mesures cet accident ne heurte pas d’autres traumatismes, qui pourraient être réactivés. L’entretien dure entre 3/4 d’heure et une heure.

Préconisez-vous un retour rapide ?

Cela dépend du patient. Il ne faudrait pas qu’il mette en danger les voyageurs ou un train en reprenant trop vite. Certains reprennent rapidement. D’autres veulent prendre leur temps. Certains demandent à conduire sur la même ligne. D’autres non, cela dépend. De toute façon, lors de son retour, le premier jour, il est accompagné.

Certains conducteurs sont confrontés deux fois à des accidents, comment réagissent-ils ?

Ils peuvent très bien être choqués la première fois et pas l’autre. Et inversement. Ça dépend aussi des circonstances de l’événement. En cas de suicide, la personne était déterminée à se donner la mort. En cas d’accident, le conducteur peut se dire, « j’aurais pu faire quelque chose« . Cela dépend aussi des circonstances psychologiques de l’individu. S’il divorce ou s’il doit faire face à un deuil, un accident peut avoir beaucoup plus de répercussions.

Les conducteurs intègrent-ils la possibilité d’un accident ?

J’interviens dès leur formation pendant une journée où je leur explique les conséquences psychologiques en cas d’accident. Il arrive aussi qu’on leur en parle dès l’entretien d’embauche.

Accident du 19 décembre 2007 à un passage à niveau entre un TGV et un convoi routier


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